TR

Longtemps méconnues du grand public, les terres rares s’imposent aujourd’hui comme l’un des enjeux stratégiques majeurs du XXIᵉ siècle. Lors d’une conférence tenue à Bordeaux, l’historien Xavier Carpentier Tanguy a mis en lumière le rôle central de ces 17 minerais critiques dans la transition énergétique, les technologies numériques et les équilibres géopolitiques mondiaux.

Des ressources anciennes, devenues stratégiques

Découvertes dès le XVIIIᵉ siècle en Scandinavie, notamment en Suède, les terres rares ont progressivement acquis une importance militaire durant la Seconde Guerre mondiale, avant de devenir indispensables dans les années 2000. Aujourd’hui, elles sont au cœur de la fabrication des batteries, des smartphones, des ordinateurs et des équipements militaires.

Mais ce marché est dominé par un acteur clé : la Chine. Pékin assure entre 60 et 80 % du raffinage mondial, tout en contrôlant une large part de l’extraction et de la commercialisation. Une position résumée par la célèbre formule de Deng Xiaoping : « Le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares ».

Routes maritimes et stratégies d’influence

Au-delà de la ressource elle-même, c’est la maîtrise des routes d’acheminement qui devient cruciale. Dans cette « guerre des lignes de communication maritimes » inspirée des théories de Alfred Thayer Mahan et Julian Corbett, le détroit de Malacca apparaît comme un point névralgique sous forte influence chinoise, à l’instar d’autres passages stratégiques comme Ormuz ou Suez.

Face à cette domination, les grandes puissances s’organisent. La Chine déploie sa stratégie des « Nouvelles Routes de la Soie », tandis que les États-Unis misent sur le programme « Build Back Better » et que l’Union européenne avance avec « Global Gateway ». Le Japon, de son côté, explore les fonds marins pour sécuriser ses approvisionnements.

Une compétition mondiale élargie

Plusieurs régions cherchent à tirer parti de cette nouvelle donne. En Europe, la Suède et le Groenland, sous souveraineté danoise, émergent comme des zones prometteuses. En Amérique du Sud, un triangle stratégique se dessine entre l’Argentine, le Chili et la Bolivie, riches en ressources critiques et au cœur de rivalités d’influence entre Washington et Pékin.

L’Afrique, bien que peu abordée dans la conférence, s’impose également comme un terrain clé. En février 2026, à Washington, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a échangé avec plusieurs pays africains, dont la RDC, la Guinée et le Kenya, sur la question des minerais critiques. Dans le même temps, la nouvelle stratégie américaine pour le continent, portée par Massad Boulos, met en avant le développement du corridor de Lobito, reliant l’Atlantique aux zones minières d’Afrique centrale.

Un enjeu jusque dans les équilibres diplomatiques

Au-delà de l’économie, les terres rares influencent désormais les rapports de force diplomatiques. Leur rôle pourrait même peser dans certaines grandes échéances internationales, comme les compétitions pour des postes stratégiques au sein des organisations mondiales.

Plus que de simples ressources, les terres rares apparaissent ainsi comme de véritables leviers de puissance, au croisement de la technologie, de la sécurité et de la souveraineté. Une « puissance invisible » devenue incontournable dans la recomposition de l’ordre mondial.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

error: Content is protected !!