L’idée fait polémique et soulève de sérieuses questions morales. Selon plusieurs médias, l’administration de Donald Trump étudie la possibilité de transférer plus de 1 000 Afghans, anciens collaborateurs des forces américaines, vers la République démocratique du Congo (RDC), après avoir fermé la porte à leur accueil sur le sol américain.
Ces hommes, femmes et enfants, dont plus de 400 mineurs, vivent depuis près d’un an dans une situation précaire au Qatar, dans l’attente d’une réinstallation qui leur avait été promise après le retrait chaotique des troupes américaines d’Afghanistan en 2021. Beaucoup sont d’anciens interprètes ou proches de militaires américains, aujourd’hui exposés à de graves représailles en cas de retour dans leur pays.
La décision de Washington de suspendre leur admission, tout en explorant leur relocalisation vers un pays tiers comme la RDC, ressemble à un désengagement brutal. Officiellement, il s’agit de leur offrir une « nouvelle vie en sécurité ». Mais dans les faits, cette option apparaît comme une externalisation pure et simple d’une responsabilité politique et morale.
Car la République démocratique du Congo n’est pas un havre de stabilité. Le pays fait déjà face à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, avec des millions de déplacés internes selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, y transférer des populations vulnérables, sans garantie claire d’intégration ni de sécurité durable, revient à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre.
Plus troublant encore, ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large d’« externalisation migratoire » des États-Unis, qui auraient conclu des arrangements discrets avec Kinshasa pour accueillir des migrants expulsés. Derrière cette coopération, certains observateurs évoquent un possible troc diplomatique, lié aux intérêts stratégiques américains dans les ressources minières congolaises.
Les critiques sont vives. Des organisations comme AfghanEvac rappellent que la majorité de ces Afghans sont éligibles à une installation aux États-Unis. Refuser de les accueillir, tout en les redirigeant vers un pays tiers en difficulté, pose une question fondamentale : que vaut la parole d’une puissance qui abandonne ceux qui ont risqué leur vie pour elle ?
Au-delà du cas afghan, cette affaire révèle une tendance inquiétante : celle de puissances qui délèguent leurs responsabilités migratoires à des États plus fragiles. Une stratégie qui, sous couvert de pragmatisme, fragilise davantage un ordre international déjà sous tension.
