Au Soudan du Sud, la fragile architecture politique issue de l’accord de paix de 2020 s’est pratiquement effondrée, entraînant une nouvelle spirale de violences et de déplacements massifs. Des centaines de milliers de civils ont fui leurs foyers depuis le début de l’année, tandis que plusieurs régions, notamment l’État de Jonglei, sont redevenues des zones de guerre.
À l’origine de cette dégradation : la rupture entre le président Salva Kiir et son rival, Riek Machar. L’arrestation de ce dernier a porté un coup fatal à l’accord de partage du pouvoir conclu après la guerre civile de 2013-2018, un conflit qui avait déjà fait des centaines de milliers de morts. Depuis, les affrontements entre les forces gouvernementales (South Sudan People’s Defence Forces) et les troupes de l’opposition (Sudan People’s Liberation Movement-in-Opposition) se sont intensifiés.
Sur le terrain, les témoignages décrivent une violence extrême : bombardements, villages incendiés, exécutions, enlèvements. Des civils racontent avoir fui dans la brousse pour échapper aux offensives militaires. Dans certaines zones, l’aide humanitaire est bloquée, aggravant une crise déjà dramatique.
La situation est d’autant plus instable que des acteurs armés locaux, comme la White Army, s’impliquent dans les combats, mêlant rivalités politiques et tensions communautaires. Ce chevauchement des conflits fait craindre une fragmentation durable du pays.
Malgré une supériorité militaire relative, le pouvoir de Salva Kiir reste fragilisé par des divisions internes, une économie affaiblie et une dépendance à des soutiens extérieurs, notamment l’Uganda. En face, l’opposition apparaît elle aussi affaiblie et divisée, limitant les perspectives d’un renversement décisif.
Dans ce contexte, peu d’observateurs croient encore à la viabilité de l’accord de paix. Pour certains analystes, le pays est déjà entré dans une nouvelle guerre à grande échelle. D’autres redoutent une extension régionale du conflit, notamment en lien avec la crise au Sudan voisin.
Les élections, plusieurs fois reportées et désormais prévues fin 2026, apparaissent de plus en plus incertaines. L’insécurité généralisée pourrait servir de prétexte à un nouveau report, prolongeant une transition politique sans fin.
Au milieu de ce chaos, les civils paient le prix fort : déplacés, séparés de leurs proches, privés d’aide. Face à l’escalade, les appels à la paix se multiplient, mais sans avancée politique concrète, le Soudan du Sud semble s’enfoncer à nouveau dans un conflit qu’il n’a jamais réellement quitté.
