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La question n’est plus seulement provocatrice, elle devient centrale : qu’est-il advenu de l’industrie automobile française ? Lors d’une conférence organisée par l’association Café Économique de Pessac, le Professeur d’Economie Vincent Frigant a dressé un constat sans détour : l’industrie française, jadis pilier de la puissance économique nationale, est aujourd’hui en net recul, dépassée par ses voisines européennes et fragilisée par une concurrence mondiale accrue.

Le diagnostic est sévère. L’industrie hexagonale accuse un retard face à l’Allemagne, l’Autriche ou encore l’Italie. Dans le secteur automobile, ce déclin se traduit par une baisse continue des emplois, une multiplication des fermetures de sites et un solde négatif entre ouvertures et cessations d’activités. À cela s’ajoute une balance commerciale déficitaire, notamment vis-à-vis de l’Asie, mais aussi de l’Afrique, où les exportations françaises reculent, signe d’une perte d’influence sur des marchés historiquement acquis.

Ce constat fait écho à une réflexion plus ancienne formulée par Bernard Julien, spécialiste de l’industrie automobile, qui s’interrogeait déjà : « Qui a tué l’industrie française ? » Une interrogation à laquelle Pascal Lamy avait répondu sans détour : « On n’a pas vu venir la Chine ». Devenue « l’usine du monde », la Chine a bouleversé les équilibres industriels, imposant une concurrence difficilement soutenable pour les constructeurs européens.

La crise du Covid-19 n’a fait qu’aggraver la situation. La stratégie du « quoi qu’il en coûte », portée par Bruno Le Maire, a permis d’amortir le choc social mais au prix d’un creusement du déficit budgétaire, sans produire les effets structurels observés en Allemagne après la crise de 2008.

Au cœur des débats, la question du protectionnisme s’impose. Dans un cadre européen largement acquis au libéralisme, la mise en place de barrières protectrices apparaît difficile, surtout pour une industrie déjà en déclin.

Contrairement aux secteurs émergents, qui peuvent bénéficier de politiques de soutien ciblées, l’automobile française semble enfermée dans une dynamique de perte de compétitivité.

La problématique de la souveraineté industrielle renforce ce sentiment d’urgence. Face aux États-Unis, capables de mobiliser des financements massifs pour leurs entreprises, et à la Chine, tournée vers l’export et soutenue par une stratégie étatique offensive, la France et, plus largement, l’Union européenne peinent à définir une réponse cohérente.

Les limites structurelles du modèle français sont également pointées : baisse de la consommation, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, délocalisations vers l’Europe de l’Est et le Maghreb, notamment le Maroc et la Tunisie, ainsi qu’une orientation de l’épargne peu favorable à l’investissement productif.

Malgré les efforts engagés, comme la politique de simplification du président Emmanuel Macron ou encore le plan France 2030, le constat demeure préoccupant. Pour Vincent Frigant, la question essentielle reste celle du choix d’un modèle économique clair : entre libéralisme assumé et intervention stratégique, la France doit trancher.

Au-delà des chiffres, c’est donc toute une vision de l’industrie qui est en jeu. Et avec elle, l’avenir d’un secteur automobile autrefois symbole de puissance, aujourd’hui confronté à une lente érosion.

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