La Coupe du monde 2026 restera comme l’une des pages les plus sombres de l’histoire du football sud-coréen. L’élimination précoce des Guerriers Taeguk n’a pas seulement provoqué une immense déception sportive ; elle a déclenché une véritable crise nationale qui met en cause l’ensemble du système de gouvernance du football coréen.
Pour de nombreux supporters, anciens internationaux et observateurs, cet échec n’est ni un accident ni une simple contre-performance. Il est l’aboutissement de plusieurs années de gestion contestée, de nominations opaques, de favoritisme et d’absence de responsabilité au sein de la Fédération coréenne de football (KFA).
Alors que la sélection disposait d’une génération considérée comme l’une des plus talentueuses de son histoire, emmenée par Son Heung-min et Lee Kang-in, la Corée du Sud n’a pas été capable de franchir le premier tour. Battue par le Mexique puis par une surprenante équipe d’Afrique du Sud, alors qu’un simple match nul suffisait pour se qualifier, elle a quitté la compétition sous les huées et dans l’humiliation.
Le sélectionneur Hong Myung-bo concentre aujourd’hui une grande partie des critiques. Son approche tactique est jugée dépassée, son management insuffisant et son incapacité à donner une identité de jeu à cette équipe est dénoncée de toutes parts. L’ancien capitaine Park Ji-sung a reconnu que cet échec semblait inévitable depuis plusieurs années, tandis que Lee Young-pyo a qualifié la prestation face à l’Afrique du Sud de pire match disputé par une sélection coréenne au XXIᵉ siècle, estimant que l’équipe évoluait sans structure, sans plan et sans véritable objectif.
La colère populaire s’est transformée en indignation après la diffusion d’une vidéo montrant une causerie de Hong Myung-bo avant un match. Au lieu d’instructions tactiques, le sélectionneur répétait simplement aux joueurs : « Fight ! » (« Battez-vous ! »). Pour une grande partie des supporters, cette scène est devenue le symbole de l’improvisation et du manque de préparation qui auraient conduit à l’échec de la sélection.
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été d’une rare violence. Les appels à la démission immédiate de Hong Myung-bo, à la dissolution de la KFA et à une refonte complète du football national se sont multipliés. Beaucoup parlent déjà de la Coupe du monde « la plus humiliante » de l’histoire du pays.
Mais la contestation dépasse largement le cadre sportif. Depuis plusieurs années, la Fédération est secouée par des accusations de favoritisme, de nominations d’entraîneurs sans transparence, de réseaux d’influence liés à certaines universités et régions, ainsi que par des irrégularités administratives relevées lors d’audits du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme.
Face à l’ampleur du scandale, le président de la République, Lee Jae Myung, est lui-même monté au créneau. Il a publiquement remis en cause la procédure ayant conduit à la nomination de Hong Myung-bo et a demandé qu’une enquête soit menée afin de faire toute la lumière sur ce processus. Pour le chef de l’État, lorsqu’un responsable est choisi autrement que sur la base de ses compétences, l’échec devient presque inévitable. Il a également annoncé un examen approfondi des responsabilités de la Fédération, rappelant que des fonds publics avaient été mobilisés pour préparer la participation de la sélection au Mondial.
Le député Song Young-gil est allé encore plus loin en qualifiant la KFA de « principal ennemi du football coréen », accusant ses dirigeants d’avoir conduit le football national dans une impasse par leur manque de transparence et de responsabilité.
Le retour des joueurs dans un anonymat presque total, sans cérémonie officielle d’accueil, illustre la profondeur de la fracture entre la sélection et le peuple coréen. Plus qu’une élimination sportive, ce Mondial 2026 apparaît désormais comme le révélateur d’une crise institutionnelle majeure, dont les conséquences pourraient entraîner une profonde restructuration du football sud-coréen.
