Une vive controverse secoue le groupe Elior-Derichebourg, accusé d’avoir écarté plusieurs salariées en raison du port du voile. Révélée par Mediapart, l’affaire met en lumière des pratiques qui pourraient raviver les tensions autour de la liberté religieuse en entreprise.
Selon les témoignages recueillis, des employées auraient été sommées de retirer leur foulard dans le cadre de l’application d’un règlement interne renforçant l’exigence de neutralité. Certaines affirment pourtant avoir été recrutées alors qu’elles portaient déjà un signe religieux visible, ce qui rend la situation d’autant plus contestée.
Plusieurs salariées évoquent des délais très courts pour se conformer aux nouvelles règles, sous peine de sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu’au licenciement pour faute grave. L’une d’elles dénonce une mise à l’écart brutale : « On est une minorité qu’on peut exclure comme si c’était normal ».
De son côté, Elior-Derichebourg reconnaît l’existence de « quelques situations individuelles » et justifie ces décisions par une mise en conformité avec son règlement intérieur. L’entreprise insiste sur la nécessité de neutralité dans certains environnements sensibles, notamment les établissements publics ou administratifs.
Mais l’enquête souligne que ce règlement aurait été récemment modifié afin d’interdire explicitement le port visible de signes religieux pour les salariés en contact avec le public. Une évolution que plusieurs employées disent ne pas avoir anticipée, dénonçant des procédures rapides et peu transparentes.
Pour des spécialistes du droit du travail, ces pratiques pourraient soulever de sérieuses interrogations juridiques, notamment en matière de proportionnalité et de discrimination indirecte, si une catégorie spécifique de salariées se retrouve particulièrement visée.
Cette affaire, dans un groupe de plus de 130 000 employés, risque désormais de dépasser le cadre interne de l’entreprise pour alimenter un débat national sensible, à la croisée du droit du travail, de la laïcité et des libertés individuelles.