Lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 1er avril, le directeur général de l’Agence nationale d’électrification rurale (ANER), Jean Michel Sène, est longuement revenu sur la controverse entourant un ambitieux programme d’électrification rurale estimé à 91 milliards de francs CFA. Dans un contexte marqué par une forte médiatisation de l’affaire et des interrogations croissantes sur la gouvernance des projets publics, il a fermement rejeté les accusations de mauvaise gestion portées contre l’institution qu’il dirige, tout en annonçant l’ouverture d’une procédure judiciaire visant son prédécesseur.
Dans ses déclarations, M. Sène a tenu à rappeler les mécanismes internes de contrôle censés encadrer tout décaissement au sein de l’ANER. Selon lui, le règlement des factures repose en principe sur un processus rigoureux impliquant plusieurs directions techniques, administratives et financières, chargées de vérifier la conformité des prestations exécutées avant toute validation de paiement. Or, l’audit interne commandité par l’agence a mis en lumière des dysfonctionnements majeurs dans l’exécution du contrat liant l’ANER à la société AEE Power.
D’après les conclusions de cet audit, un montant de 37 milliards de francs CFA aurait été décaissé en dehors des procédures réglementaires en vigueur. Plus précisément, les investigations révèlent que certaines étapes essentielles de vérification — notamment celles liées à la certification des travaux réalisés, au contrôle de conformité technique et à la validation administrative — n’auraient pas été respectées. Ces manquements soulèvent, selon la direction actuelle, de sérieuses préoccupations quant à la traçabilité des fonds publics engagés dans ce projet stratégique destiné à améliorer l’accès à l’électricité dans les zones rurales.
Cette affaire s’inscrit dans un climat plus large de demande accrue de transparence et de reddition des comptes dans la gestion des ressources publiques au Sénégal. Plusieurs observateurs, ainsi que des acteurs de la société civile, ont récemment insisté sur la nécessité de renforcer les dispositifs de contrôle dans les grands projets d’infrastructures, souvent financés par des partenariats complexes et des montants considérables.
En portant plainte contre son prédécesseur, Jean Michel Sène affirme vouloir situer les responsabilités et permettre à la justice de faire toute la lumière sur les irrégularités relevées. Cette démarche judiciaire pourrait ainsi marquer une nouvelle étape dans la gestion de ce dossier sensible, dont les répercussions pourraient être significatives tant sur le plan institutionnel que politique.
Au-delà des aspects juridiques, cette situation met également en évidence les défis structurels auxquels fait face le secteur de l’électrification rurale au Sénégal. Alors que l’accès universel à l’électricité demeure un objectif prioritaire des politiques publiques, la crédibilité et l’efficacité des institutions en charge de sa mise en œuvre apparaissent plus que jamais comme des enjeux cruciaux.