Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement promulgué une loi controversée renforçant considérablement la répression de l’homosexualité dans le pays. Cette décision marque un tournant politique majeur et suscite de vives réactions tant au niveau national qu’international.
Une loi répressive aux sanctions renforcées
Adoptée à une large majorité par l’Assemblée nationale en mars 2026, la nouvelle législation durcit significativement les sanctions déjà existantes. Désormais, les relations entre personnes de même sexe sont passibles de 5 à 10 ans de prison, contre un maximum de 5 ans auparavant, assorties d’amendes pouvant atteindre 10 millions de francs CFA. Le texte va encore plus loin en criminalisant : la promotion de l’homosexualité, son financement, ainsi que toute forme de soutien ou d’expression publique associée. La loi inclut également ces pratiques dans la catégorie des « actes contre nature », aux côtés d’autres crimes graves, renforçant ainsi sa portée symbolique et pénale .
Une promesse politique tenue. Cette réforme s’inscrit dans la continuité des engagements de campagne du pouvoir en place, notamment du Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait promis un durcissement des lois sur les questions sociétales jugées sensibles. L’adoption du texte intervient dans un contexte politique particulier : une volonté de répondre à une opinion publique majoritairement conservatrice, une stratégie de consolidation du pouvoir après l’élection de 2024, et un climat social marqué par des tensions économiques et identitaires .
Une pression sociale et religieuse déterminante. Au Sénégal, pays à majorité musulmane, les positions hostiles à l’homosexualité sont largement répandues et soutenues par des leaders religieux influents. Des manifestations et campagnes publiques contre les droits LGBTQ+ ont précédé le vote de la loi, renforçant la pression sur les autorités politiques. Par ailleurs, les semaines précédant l’adoption du texte ont été marquées par une augmentation des arrestations pour des faits liés à l’homosexualité, traduisant un durcissement déjà perceptible de la politique sécuritaire .
Une vague d’indignation internationale. La promulgation de cette loi a immédiatement suscité une levée de boucliers au sein de la communauté internationale. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a dénoncé une législation qui « va à l’encontre des droits fondamentaux », notamment : le droit à la vie privée, la liberté d’expression, et le principe d’égalité. Plusieurs ONG alertent également sur les risques accrus de persécutions, de dénonciations arbitraires, et de violences sociales envers les personnes LGBTQ+. Sur le terrain, cette évolution législative provoque une inquiétude croissante. Des témoignages font état d’un climat de peur généralisée, où de simples accusations peuvent entraîner arrestations ou agressions. Certains membres de la communauté LGBTQ+ envisagent désormais de fuir ou de se cacher pour éviter les poursuites .
A travers cette initiative, le Sénégal rejoint ainsi une tendance régionale où plusieurs pays renforcent leur arsenal juridique contre l’homosexualité. Plus de la moitié des États africains criminalisent déjà ces pratiques, avec des sanctions parfois encore plus sévères. La promulgation de cette loi illustre la volonté du pouvoir sénégalais d’affirmer une ligne politique souveraine, en phase avec une partie importante de son électorat, de sa culture et de ses traditions. Toutefois, elle expose également le pays à des critiques accrues des institutions internationales sur certaines questions de droits humains.
Dans ce contexte, le Sénégal se trouve à la croisée des chemins entre affirmation identitaire nationale et respect des normes internationales.